2. La découverte des planètes trans-saturniennes
L'astronome britannique William Herschel (1738-1822) découvre Uranus le 13 mars 1781 et décide de la nommer Georgium Sidus, en l'honneur du roi George III. Puis elle fut nommée Herschel dès 1781. Dans son Systême de Copernic ou Abrégé de l'astronomie (Paris, 1783), tableau dédié et présenté à Monseigneur le Dauphin par un certain Papillon de La Ferté, la "planète de Herschel" est symbolisée par un dauphin car "Cette Planète a été découverte quelques mois, avant la naissance de Monseigneur le Dauphin". L'astronome prussien Johann Bode (1747-1826) suggère finalement de la nommer Uranus, d'après le dieu grec du ciel Ouranos. Le nom d'Uranus apparaît dans le titre de nombreux traités astrologiques, bien avant la découverte de la planète.
L'anglais John Couch Adams (1819-1892) et le français Urbain Le Verrier (1811-1877) supposent l'existence d'une nouvelle planète au-delà d'Uranus et calculent sa position hypothétique à partir de 1845. Elle est effectivement repérée par l'astronome allemand Johann Galle (1812-1910) et par son assistant Heinrich d'Arrest, de l'observatoire de Berlin, le soir du 23 septembre 1846 à partir des calculs de Le Verrier. Galle propose le nom de Neptune. Toutefois Neptune aurait été repérée dès le mois d'août 1846 au télescope de l'observatoire de Northumberland par l'astronome anglais James Challis.
L'existence d'une planète trans-neptunienne est évoquée dès 1879 par Camille Flammarion (1842-1925) et par d'autres astronomes. Clyde Tombaugh (1906-1997), de l'observatoire Lowell (Flagstaff, Arizona), découvre Pluton le 18 février 1930, à partir des calculs effectués en 1915 par Percival Lowell (1855-1916) et des clichés photographiques qu'il prend les 23 et 29 janvier 1930. Le nom de Pluton (qui reproduit les initiales de Percival Lowell) a été proposé par une écolière anglaise de 11 ans.
Quelques coïncidences temporelles peuvent nourrir la réflexion. La planète Uranus a été découverte par un astronome réputé. La découverte de Neptune est entourée d'un halo de circonstances mal éclaircies, et celle de Pluton est le fait d'un astronome autodidacte. En 1781 l'uranien Kant publie sa Critique de la raison pure, en 1848 le neptunien Marx publie son Manifeste du parti communiste, et en 1929 le plutonien Heidegger son traité Qu'est-ce que la métaphysique ? Enfin ces événements politiques, économiques et sociaux, fort connus, qui semblent s'accorder avec la nature de la planète concernée : l'indépendance des Etats-Unis en 1776 et la Déclaration française des Droits de l'Homme en 1789 (Uranus), les mouvements révolutionnaires de 1848 en Europe et la révolte des T'ai-p'ing "chrétiens-taoïstes" en Chine à partir de 1850 (Neptune), la crise économique aux Etats-Unis puis en Europe (1929-1930) et l'avènement de Hitler au pouvoir en 1933 (Pluton).
3. Qu'est-ce qu'une planète? (Investigation raisonnée des opérateurs astrologiques de type planétaire)
Parmi les "opérateurs astrologiques", c'est-à-dire les facteurs astrologiquement signifiants (planètes, maisons, signes zodiacaux...), il existe une catégorie qui se rapporte spécifiquement à la causalité, à l'énergie, qu'on pourrait appeler les opérateurs physiques ou astronomiques. Ce sont des corps physiques, tangibles, existants, qui influencent la psychè en vertu d'une intégration organique de leurs cycles. Sur le cercle zodiacal, ils sont figurés par des points. Parmi les 4 catégories de corps usuellement pris en compte par l'astrologue, les objets imaginaires (planètes hypothétiques), les points fictifs et arithmétiques (parts, noeuds, mi-points), les corps physiques non significatifs, et les planètes, seule la dernière catégorie répond à la définition précédente. Quand on demande à l'astrologue pourquoi il utilise tel facteur plutôt que tel autre, et aussi pourquoi il positionne ce facteur par projection sur l'écliptique, le plus souvent il répondra : "parce que ÇA marche".
Les objets imaginaires :
Ce sont les astronomes qui, dans la seconde moitié du XIXè siècle, ont supposé l'existence de planètes et de satellites hypothétiques afin de combler les interrogations soulevées par l'état des connaissances astronomiques : notamment d'une planète infra-mercurienne, nommée Vulcain, et d'un satellite invisible de la Terre, Lilith, desquels la réalité n'a jamais pu être démontrée, et aussi d'une planète trans-neptunienne. La vogue des planètes hypothétiques s'est accélérée dans les milieux astrologiques au siècle suivant. Ce fut l'occasion pour les astrologues de combler leurs échecs : l'affirmation de planètes nouvelles (une cinquantaine à ce jour), invisibles, à découvrir, palliait l'incapacité à interpréter un thème avec les seules planètes connues. En outre, la tentation d'un modèle congruant des Maîtrises et des Domiciles (12 signes / 12 planètes), a été un facteur fondamental dans la pratique des planètes hypothétiques chez les astrologues et les penseurs hermétistes.
En 1881, le curé Vassart suppose l'existence de 3 trans-neptuniennes (Michel, Gabriel et Raphaël) dont il donne la période et la position pour le 1er janvier 1850. A partir des années 70 du XIXè siècle, l'existence d'une planète trans-neptunienne X est largement débattue dans les milieux astronomiques. Les astrologues et hermétistes ne feront que s'adapter aux recherches en cours. L'abbé hermétiste Paul Lacuria (1806-1890), dans un manuscrit inédit , affirme l'existence de Pluton, qui sera découverte un demi-siècle plus tard : "La progression des planètes est aussi régulière en grosseur qu'en éloignement. Cette progression monte de Mercure jusqu'à Uranus, puis décroît dans Neptune et dans Pluton qu'on découvrira plus tard et qui est plus éloigné et plus petit que Neptune." En 1897, l'astrologue franc-maçon Charles Nicoullaud (1854-1923), alias Fomalhaut, confirme cette vision : "La planète au-delà de Neptune existe, elle se nomme Pluton." Fomalhaut présente une théorie duodécimale des Domiciles, avec Pluton en Bélier, Vulcain en Gémeaux, et Junon, une planète détruite lors d'une catastrophe sidérale et dont les astéroïdes seraient les débris, en Balance.
En 1917 l'astrologue C. Libra popularise sur le continent la planète mythique Vulcain , et une année plus tard, Walter Old (1864-1929), alias Sepharial, impose Lilith, le second satellite terrestre, au milieu astrologique britannique.
A partir du milieu des années 20, les astrologues ne se contentent plus de spéculer sur des découvertes astronomiques aléatoires, ils inventent leurs propres planètes. Les plus célèbres de ces corps hypothétiques restent les trans-neptuniennes de l'école de Hamburg, qui continuent à être utilisées, malgré la déconfiture d'Alfred Witte (1878-1941), qui s'est montré incapable de mentionner Pluton, découverte deux années après la publication de son ouvrage. Aux 4 trans-neptuniennes de Witte (Cupido, Hades, Zeus et Kronos) s'ajoutent celles de son élève Friedrich Sieggrün (1877-1951) : Apollo, Admetos, Vulkanus et Poseidon.On connaît par des éphémérides la position de ces huit trans-neptuniennes dont les révolutions sidérales varient entre 262.5 ans pour Cupido et 740 ans pour Poseidon.
En 1930 le rosicrucien écossais Maurice Wemyss annonce l'existence de 3 transplutoniennes (Didon, Hercule et une autre "Pluton"), et en 1935 celle de la planète Jason, située entre Saturne et Uranus. Ernest Britt confirme l'existence de 2 transplutoniennes , avant que la vogue de Proserpine à la fin des années 30 et dans les années 40 (Maurice Privat, Dom Néroman, Léon Lasson...) ne s'empare de l'astrologie française. Dans les années 50, le hollandais Theodor Ram invente 3 nouvelles planètes (Persephone, Hermes et Demeter), et en 1972 Charles Jayne offre à l'astrologie américaine ses 7 transplutoniennes : Pan, Isis, Hermes, Osiris, Midas, Lion, et Moraya , et certains astrologues russes utilisent les quatre transplutoniennes: Isis, Proserpine, Anubis et Osiris...
En prenant en compte ces corps imaginaires, l'astrologue se débarrasse des garde-fous astronomiques, sans pour autant accroître la richesse sémantique du clavier planétaire : en effet les significations données à ces corps hypothétiques restent très proches de celles concernant les planètes connues. Ces ajouts superfétatoires, loin d'enrichir le clavier planétaire, le conduisent à la confusion. En outre, je ne crois pas que l'astrologue soit un voyant. S'il l'était il n'aurait que faire de l'astrologie.
Les points fictifs et arithmétiques Ces facteurs n'existent pas physiquement : ce sont des points arithmétiques, déterminés par le calcul.
La Lune noire, autrement dit le second foyer de l'orbite lunaire (aussi appelée Lilith), très utilisée par les astrologues. On peut calculer sa position moyenne et sa position vraie.
Les planètes "noires" : le Soleil noir, Mercure, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, et Pluton noirs. Difficile d'imaginer une position très éloignée du Soleil pour Vénus et pour Neptune, étant donné leur très faible excentricité.
Les noeuds lunaires, importants dans l'astrologie indienne (Râhu et Ketu), qui sont les points d'intersection de l'orbite lunaire et de l'écliptique. Leur période est d'environ 18,61 ans et ils servent à déterminer les moments des éclipses. Ils sont toujours opposés sur l'écliptique, et le noeud Sud fait donc double emploi.
Les noeuds planétaires (géocentriques et héliocentriques) : chaque planète a un noeud ascendant et un noeud descendant.
Les 3 points étudiés par Theodor Landscheidt, qui se meuvent d'environ 1° 24 par siècle (en raison de la précession des équinoxes) : le Centre galactique (GC), centre d'équilibre de la Galaxie (qui représenterait les aspirations spirituelles du natif), le Super Centre galactique (SGC), (qui serait le centre d'organisation de la personnalité, une sorte de "super Soleil"), et l'Apex solaire (AP), direction du mouvement solaire dans la Galaxie (lequel représenterait le but ultime de la personnalité). En l'an 2000, Le GC est situé à environ 26° 52 du Sagittaire, le SGC à 1° 47 de la Balance et l'AP à 2° 27 du Capricorne.Étant donné leur mouvement très lent, on conçoit mal l'utilité de ces points en astrologie natale, et même mondiale.
La célèbre Part de Fortune (utilisée par Ptolémée) et les Parts dites "arabes" sont des points fictifs, calculés d'après les longitudes de 3 planètes, angles ou points zodiacaux, le plus souvent d'après la formule : Part = AS + Planète X - Planète Y.
Les parts exposées par Paul d'Alexandrie sont, pour les thèmes diurnes, les suivantes (pour les thèmes nocturnes, il faut inverser les signes + et -) :
Part de Fortune = AS + Lune - Soleil (c'est l'emplacement de la Lune quand le Soleil se lève)
Part d'Esprit (Daimon) = AS + Soleil - Lune (l'inverse de la précédente : l'emplacement du Soleil quand la Lune se lève)
Part d'Eros = AS + Vénus - Part d'Esprit = Vénus + Lune - Soleil (l'emplacement de Vénus quand la Lune et le Soleil sont conjoints)
Part de Victoire = AS + Jupiter - Part d'Esprit = Jupiter + Lune - Soleil
Part de Nécessité = AS + Part de Fortune - Mercure
Part de Courage = AS + Part de Fortune - Mars
Part de Nemesis (Justice, Équité) = AS + Part de Fortune - Saturne
Toujours chez Paul d'Alexandrie et d'autres :
Part du Père = AS + Saturne - Soleil (thèmes nocturnes : inverser)
Part de la Mère = AS + Lune - Vénus (thèmes nocturnes : inverser)
Part des Frères = AS + Jupiter - Saturne (= thèmes nocturnes)
Part des Enfants = AS - Jupiter + Saturne (= thèmes nocturnes)
Part de Mariage (hommes) = AS + Vénus - Saturne (= thèmes nocturnes)
Part de Mariage (femmes) = AS - Vénus + Saturne (= thèmes nocturnes)
D'après Vettius Valens et le Liber Hermetis :
Part de la Dette = AS + Saturne - Mercure (= thèmes nocturnes)
Part du Fondement = AS + Fortune - Esprit (= thèmes nocturnes)
Part du Vol = Saturne + Mars - Mercure (thèmes nocturnes : inverser)
Part de la Traîtrise = AS + Mars - Soleil (thèmes nocturnes : inverser)
Part de la Difficulté = AS + Mars - Saturne (thèmes nocturnes : inverser)
Part de l'Exaltation de la Nativité = AS + 19° Bélier - Soleil (thème nocturne = AS + 3° Taureau - Lune)
(ces points, 19° Bélier et 3° Taureau, étant les points supposés d'Exaltation du Soleil et de la Lune)
Le système des Parts a pris une importance considérable dans l'astrologie arabe : Al-Bîrûnî en mentionne une centaine, et informe que les astrologues en auraient inventé plus de 150 pour répondre aux questions horaires. On peut en imaginer beaucoup plus en fonction des préoccupations du moment et de l'imagination de l'astrologue. De nombreux points nouveaux ont été inventés, prenant en compte les trans-saturniennes, comme la Part d'Anxiété (= AS + Pluton - Uranus), la Part d'Astrologie (= AS + Mercure - Uranus), la Part de Dépression (= AS + Neptune - Mars), ou encore la Part de Perversion (= Vénus + Mars - Neptune).Essayez aussi la Part du Gâteau, qui sert à déterminer le dessert que votre conjoint vous a préparé pour le déjeuner, ou encore la Part (angl. Lot) de Consolation. Je propose encore que le lecteur, afin d'évaluer sa possible entente avec notre centre, recherche la position de sa Part du C.U.R.A., laquelle se calcule comme suit : URANUS - SATURNE + MARS - SOLEIL.
Les mi-points, popularisés par Alfred Witte, seraient des points sensibles où les énergies planétaires se rencontrent et se combinent. Ils se calculent selon la formule : Mi-point = (Planète X + Planète Y) / 2. Reinhold Ebertin (1901-1988) rationalise et simplifie la technique des mi-points de Witte. La cosmobiologie d'Ebertin a connu un vif succès en Allemagne dans les années 40 et 50, avant de se propager un peu partout. Les techniques des mi-points de l'école de Hambourg (Witte), comme celles de l'école cosmobiologique, sont très largement orientées vers la prédiction et l'interprétation événementielles. En se limitant à 10 planètes, aux angles AS et MC, et à 6 aspects avec un orbe de 1°, il y aurait deux fois plus de mi-points dans le thème que de degrés zodiacaux, ce qui laisse une assez bonne marge de manoeuvre à l'interprétation ! A ce compte, on n'est jamais abandonné des astres : chaque heure du jour et de la nuit apporte son lot de conseils, de consolation, de messages...
Plus généralement, la multiplication des points sensibles et des points d'énergie imaginaires marque l'échec de l'interprétation moderne dans sa tentative de coller à l'événementiel. Comme le souligne Geoffrey Dean, cette pléthore de facteurs conduit l'astrologie à l'absurde, et fait imploser les indications données par le thème natal : "Le problème peut être illustré par un thème comprenant tous les facteurs proposés et testés par les astrologues de quelque réputation, c'est-à-dire 3 angles [AS, MC et Vertex], 10 planètes, 4 astéroïdes, 30 planètes hypothétiques, et leurs noeuds et parts correspondants (soit un total de plus de 120 facteurs), en relation au moyen de 8 aspects majeurs avec un orbe de 8 degrés, de 40 autres aspects plus les antisces et contre-antisces avec un orbe moyen de 2 degrés, de 2 parallèles de déclinaison avec un orbe de 1°, et de 8 mi-points d'un orbe de 1.5°. (...) Le "super-thème" contiendrait en moyenne plus de 6000 aspects, plus de 50.000 mi-points, et près de 1.5 million d'aspects entre mi-points."